Porosus trip

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Mercredi 14 juin 2017

Je débarque à l'aéroport international d'Honiara, capitale du Royaume des îles Salomon, à 14h30. Mon avion pour Suavanao décolle à 15h15, ça va être tendu. Je récupère au plus vite mes deux sacs de soute, change à la volée mes euros contre des dollars salomonais (8 SBD contre 1 EUR), m’engouffre illico dans un taxi pour rejoindre l'aéroport domestique qui se trouve à moins d'un kilomètre, enregistre mes bagages sans attendre, pars pisser en urgence pendant que les autres passagers se glissent dans l'avion, et pénètre en dernier dans cette petite boite de conserve qui n'attendait plus que moi. Il est 15h10, l'avion décolle en avance ! Une heure plus tard me voilà jeté sur l'un des plus petits aéroports du monde dont l'unique bâtiment n'est guère plus grand qu'une cabane de jardin. Petite visite médicale sur la balance aux bagages: Je pèse 74 kg.
La tente pas encore finie d'être montée au bout du tarmac herbeux qu'un mauvais orage commence à engloutir un ciel déjà gris. La précipitation pour monter mon refuge avant le pluie me fait déchirer la toile sur 20 cm. Pas le choix, je dois recoudre tout de suite. Une rustine de toile à peine collée sur la cicatrice que la pluie s'abat sans pitié sur mon frêle habitat. Ce déluge, qui n'a rien à envier à celui de la bible, déclenche aussitôt chez moi la mise en place du mode "humide". Il s'agit de mettre toutes mes affaires sèches dans le petit sac étanche, de me foutre en slip et de dormir sous une bâche dans ma vieille tente rapiécée. Celle-ci ayant quelques fuites, cette solution me semble la plus raisonnable pour dormir sans avoir le stress de niquer les affaires qui doivent absolument rester sèches.
La pluie pour seule compagnie, je me force à ne pas dormir avant 20h pour combattre le décalage horaire. A l'heure dite je m'écroule dans les bras de Morphée.





















Jeudi 15 juin
3h30. Le soleil ne se lève que dans trois heures mais je n'arrive plus à dormir. Malgré l'humidité j'ai passé une bonne nuit sous cette bâche dont la première fonction est de pouvoir récolter l'eau de pluie quand je serai isolé. Pour l'instant il s'agit plutôt de m'en protéger. Sous les grosses gouttes je me rue sous la terrasse couverte de la cabane-aéroport pour préparer mon départ.
Matos rangé en sacs, kayak gonflé, je mets à l'eau mon bouchon à 7h00. Il pleut toujours, le ciel est gris et l'orage gronde au nord-est. Je suis tout de même heureux de reprendre la pagaie que je n'avais pas touchée depuis 8 mois. Soudain je perçois une sorte de grésillement qui semble venir, justement, de ma pagaie en aluminium. C'est curieux, il ne se produit que lorsque je mets une pale dans l'eau et semble provenir de l'extrémité de la pale opposée qui se trouve en l'air. Sans doute le reflet sonore du bruit que fait la pluie en touchant l'eau, sur la surface métallique de la pale. Mais non, le bruit persiste même lorsque la pluie cesse (oui, ça arrive parfois !). Eurêka, j'ai trouvé ! La pagaie tenue horizontalement n'émet aucun bruit, mais plus elle est mise dans le sens vertical plus le grésillement se fait entendre. L'orage a créé une différence de potentiel entre la surface de l'eau et l'air situé au dessus. Plus cette distance est importante et plus le voltage est élevé. Le courant électrique s'écoule dans la pagaie qui ionise l'air à son extrémité. Ce sont donc les petits arcs électriques du champ disruptif qui engendrent ce bruit si particulier. C'est la première fois que je suis confronté à un tel phénomène. Il faut dire que cette expédition n'est que ma troisième avec des pales en alu. Précédemment elles étaient en plastique.
En chemin un verre de mes lunettes de soleil se fait la malle pour plonger dans l'eau bleue. Ces lunettes Décathlon sont très mal foutues. Mais je suis un idiot car j'ai oublié de nouer les verres (du polycarbonate) sur la monture. Je l'ai fait sur le modèle précédent mais je ne pensais pas que le problème persisterait sur le nouveau. Heureusement j'ai pris des verres de rechange, on verra ça demain matin. Mais pour l'heure je ne sais même pas si le soleil existe dans ces contrées grises comme un paysage minier du nord de la France.
Après une longue étape de 35 km, bénie par un vent dans le dos, je débarque fourbu sur un îlot satellite d'Hetaheta, une île campée au nord du passage qui mène au village de Kia. Je dois terrasser pour aplanir et mettre du sable sur les morceaux de corail. Impossible de faire du feu, la pluie a tout trempé.






Vendredi 16 juin
La lumière me fait émerger. Mais en sortant de la tente je constate que ce n'est pas celle du soleil mais la lune ! Il est trois heures du mat, je me recouche.
Réveil à 6h00. J'ai très bien dormi, et ce pendant 10h ! Pas de pluie cette nuit, c'est une chance.
Avant de partir je m'attèle à la tâche que je n'ai pas eu le courage d'effectuer hier soir, à savoir mettre un nouveau verre sur mes lunettes. Bien entendu il n'est pas de la même forme que l'autre, il va donc falloir l’arrimer avec plusieurs liens. J'allume d'abord un feu pour chauffer l'aiguille qui me permet d'y percer plusieurs trous, dans le but d'y faire passer mon fil de cordonnier. Le tour est joué, c'est nickel. Mais un problème remplace le précédent, mon APN s'est mis en mode sourire (oui, ça existe) et semble vouloir y rester lorsqu'on tourne la molette des modes. ça ne me fait pas vraiment rigoler. Je possède un APN de secours, mais pour l'instant je vais continuer à utiliser le petit rigolo récalcitrant en espérant qu'il va vite se recadrer.
Dans un premier temps je rejoins Kia pour faire quelques emplettes, puis emprunte le passage qui mène vers la côte sud-ouest.  Pendant presque une heure une énorme pluie s'abat sur moi et ralenti mon kayak. Je me demande pourquoi celle-ci me freine autant. Une seule réponse me semble satisfaisante: L'effet doppler. Les micro-vaguelettes générées par les gouttes à l’arrière du kayak poussent celui-ci avec une fréquence et une vitesse relative inférieures à celles générées à l'avant, du fait de l'avancée du bateau. Il est donc plus freiné que poussé.
Vers 15h je débarque sur un îlot qui serait paradisiaque si le soleil voulait être de la partie. En récoltant du bois presque sec sous une énorme souche retournée par Dieu sait quel cyclone je parviens, non sans mal, à faire du feu pour ma soupe.



















Samedi 17 juin
Ciel bleu, pas de nuages, je vois le soleil pour la première fois depuis mon arrivé.
Comme hier matin je donne 10 coups de gonfleur dans chaque boudin. La porosité de ceux-ci n'a pas bougé, c'est bon signe. J'espère que le traitement de cheval que je leur ai infligé avant de partir tiendra un mois.
A 7h10 je prends la mer en longeant la côte vers le nord-ouest. En milieu de matinée je fais une pause coco vert sur une plage ombragée. Une exquise odeur de sous-bois, mélangée à de subtiles fragrances florales, s'accorde au silence d'une petite baie vraiment très jolie. Je bois mon jus de coco vert en m’imprégnant de cette ambiance de rêve. Je suis bien.
Une demi-heure après avoir repris ma route, je remarque des bâtisses sur la côte. J'hésite à m'y arrêter. Après tout je n'ai que ça à faire. Il s'agit de Ritamala, un hameau composé de quelques familles venant de Choiseul. Une énorme église trône au centre. Et là surprise, je suis accueilli par Silas, un pasteur adventiste qui m'avait déjà reçu sur l'île Ndora lors de mon expédition précédente en septembre dernier ! Il a été muté ici par sa congrégation. C'est une grosse coïncidence de nous rencontrer à nouveau car ce n'est pas le même archipel !
On m'installe sous le toit d'une case en construction, protégé de la pluie.





































Dimanche 18 juin
A 6h30 je pars chasser. Je suis très vite emmerdé par la buée sur mon masque neuf. J'ai beau cracher dedans plusieurs fois, rien n'y fait, la bave ne veut pas y adhérer. C'est très chiant car je dois constamment "effacer" cette buée en faisant circuler de l'eau sur le verre. Pour ajouter à l'inconfort je me mets à tousser comme un malade. Il y a je ne sais quoi dans l'eau qui provoque une sévère toux. Malgré tous ces facteurs handicapants je ramène une pêche honorable.
Après avoir mangé une carangue frite par la femme de Silas, je pars me reposer. J'ai très mal à la gorge à cause de la chasse, je suis très fatigué.





















































Lundi 19 juin
Vers 2h00 du mat une violente tempête projette de l'eau sur ma tente malgré le toit et les bâches installées sur la façade exposée ! En dépit de cette coupure d'une heure environ dans mon sommeil, j'ai tout de même passé une bonne nuit.
Aujourd'hui je quitte Ritamala sur un bateau à moteur de 40 chevaux qui va me faire traverser jusqu'à Arnavon, une réserve nationale située 25 km à l'ouest de Ritamala. J'ai préféré payer ce bateau (600 SBD) car les courants entre Choiseul et Santa Isabel sont très violents, et la distance trop importante. Il serait trop risqué de réaliser cette traversé sur mon frêle esquif. Nous sommes 6 personnes, les autres profiteront de cette traversée pour chasser sur les récifs isolés du nord-ouest d'Isabel où les poissons sont plus nombreux qu'ailleurs. Allez savoir pourquoi, un des chasseurs a pris avec lui un livre sur les pingouins !
Sur place je comprends vite que mon séjour ne sera pas gratuit. Il faut payer mon droit d'entrée dans la réserve (80 SBD) et mon logement dans une chambre heureusement pas trop pourrie (150 SBD). Ajouté à ça le prix du bateau que j'envisage de prendre demain pour rejoindre Choiseul, la note risque d'être salée. Avec pas mal de culot les gardiens me proposent 1500 SBD pour me faire traverser ! C'est beaucoup trop, ils tentent le coup en pensant que je ne connais pas les frais de gasoil. Avec encore plus de culot je leur propose 700 SBD pour la totalité des prestations (droit d'entrée, chambre et taxi-boat). Ouf, ils acceptent. Je me serais mal vu traverser tout seul sur mon bouchon !
En soirée j'ai droit à un excellent repas composé de riz et de carangue au lait de coco. L'un des gardien l'a pêchée du bord. Repus, nous regardons tous ensemble le film que j'ai réalisé en juin 2016 sur ma petite expédition en Islande (les gardiens possèdent un ordinateur) . Encore des pingouins ! Décidément !














Mardi 20 juin
Vers 9h00 le 40 cv des gardiens d'Arnavon me débarque avec kayak, armes et bagages dans le petit lagon situé le plus à l'est de Wagina. Dans un premier temps je m’arrête voir une famille qui semble extrêmement pauvre. Un couple vit ici avec deux enfants et deux cochons dans une petite cabane sur une bande de sable peu large et rongée par les derniers cyclones. D'un côté l'océan, de l'autre le lagon. Ils me proposent de boire un jus blanc et sucré fabriqué avec les bourgeons de cocotier. Je refuse poliment car j'ai peur de me chopper un paquet de bactéries auxquelles mon estomac n'est pas encore habitué. Je fais très attention à ce que j'ingurgite, surtout les liquides, car je ne dois pas oublier à quel point ces zones sont loin de tout secours en cas de problème de santé. L’hôpital le plus proche est à 300 km sur un autre archipel. Pour s'y rendre il faudrait d'abord accéder à l'aéroport le plus proche qui se trouve à 40 km. De plus il n'y a ici, bien entendu, pas de réseau téléphonique.
Je débarque ensuite sur une île du lagon où vit une famille qui fait de la culture d'algues. Séchées, elles alimentent les marchés chinois qui en sont friands. James, Doris et leurs quatre enfants travaillent la semaine sur cette petite île, mais passent leurs WE à Nikomaroro, uu village qui se trouve 10 km plus à l'ouest, au sud de Wagina. Leurs enfants les plus jeunes n'ont jamais vu un blanc, et je fais même peur à la petite dernière ! L'accueil est très sympathique et on m'invite à monter ma tente à l'étage de leur toute petite case. Celui-ci n'est pas habité, ils vivent tous au rez de chaussé.
En fin de matinée Je pars chasser sur le récif qui se trouve juste à côté, à l'est. Le courant est effectivement monstrueux. J'amarre, avec un bout de 15 mètres, le kayak sur l'une des patates de corail qui tapissent le fond situé à 5-6 mètres. Pour récupérer entre deux apnées je dois m'accrocher à cette corde afin de ne pas être emporté. Lorsque  je me sens prêt à plonger je dois d'abord, petit à petit, remonter l’amarre à la main, puis, d'un coup de palme assez fort, descendre rapidement derrière une patate pour me protéger du flux violent. Ainsi je parviens à chasser quatre poissons. Mais le courant se renforce et ce petit jeu risque de devenir risqué. Je pourrais perdre du matériel, voir mon kayak, et aussi me blesser dans les vagues qui déferlent au bord. Hors lagon il faut être très vigilant car la mer est dangereuse. Qui viendrait me porter secours ?

























































Mercredi 21 juin
Hier soir James est allé pécher de la langouste. Parfait petit déjeuner avant d'aller chasser !
A 8h00 je suis dans l'eau sur la pointe nord du lagon, côté océan. Peu de courant, pas de houle, la chasse sera sans doute plus appréciable qu'hier. Les poissons sont gros et nombreux, à tel point que je pique rapidement le nécessaire pour nourrir copieusement toute la petite famille. Par contre je me remets à tousser comme un tuberculeux. C'est très très fatigant. A 10h surprise: Le boudin centre-droit est dégonflé ! Je soupçonne fortement une épine dorsale d'un des poissons que je mets dans le sac situé à l'avant. Mais j’analyserai cette crevaison plus tard car il me faut, pour l'instant, revenir au plus vite dans le lagon sur trois boudins. C'est la seconde fois que je me trouve dans cette situation. J'ai justement conçu ce kayak pour la sécurité qu'il m'apporte: en cas de crevaison d'un boudin il m'en reste trois pour naviguer.
En arrivant chez ma famille d'accueil je suis très fatigué. D'une part parce que je n'ai pas bien dormi cette nuit (chasse trop tardive), d'autre part parce que j'ai l'impression d'avoir chopé une grosse bronchite. James me dit que cette toux est due à des insectes qui vivent en surface et qui pénètrent dans le tuba. Se retrouvant dans les voies respiratoires ils provoquent ces abominables quintes de toux. Malgré le fait que je sois HS je dois impérativement réparer le kayak. Mon hypothèse était fondée, c'est bien une arrête de poisson qui a percé le boudin. En le gonflant j'ai tout de suite entendu le bruit de la fuite exactement située sous le sac. Un trou bien rond d'un diamètre proche du mm, c'est signé "méchante épine dorsale". Heureusement ce genre de réparation est aisé. Le plus délicat dans cette procédure est de regonfler le bateau tout en gardant les boudins bien agencés entre eux. Cela demande un certain temps et une patience certaine.
Paracétamol avalé, je passe une bonne partie de l'après midi à essayer de dormir à l'ombre des arbres au bord de l'eau, brise de face. Le repos est impératif, mes bronches sont à vif. Pendant ce temps là, alors que sa femme travaille, James mâche ses noix de Bétel, une drogue consommée par une grande majorité des salomonais.
En fin d'après midi nous partons décrocher des cocos verts en pirogue. C'est à peu près la seule chose que j'ai envie d'avaler parmi ce qu'il y a de disponible ici, c'est à dire pas grand chose. Je me force tout de même à manger un morceau de poisson chirurgien et trois cuillères de riz.
Ce soir je tousse encore, je crains vraiment d'être bien malade. Heureusement il a fait un temps magnifique toute la journée, l'humidité est donc moins forte.


















































































Jeudi 22 juin
A 7h35 je quitte ma famille d'accueil. Sur les conseils de James je rejoins le coin sud-ouest du lagon pour être en mesure de me faire porter par le courant dans la passe. De temps en temps je dois marcher sur les coraux car le flux bleu est aussi présent dans le lagon. Même si, je dois l'avouer, je n'ai absolument rien compris aux explications de James sur la marée, le courant est effectivement dans le sens indiqué et je traverse la passe sans problème.
Dans ce grand lagon je décide de rejoindre une île-village de 100 mètres de diamètre sur laquelle sont regroupés des fermiers. En chemin je survole les longues cordes parallèles sur lesquelles poussent les algues qu'ils cultivent. Sur l'île ne pousse aucun arbre, il n' y a pas un coin d'ombre. Après avoir acheté très cher quelques denrées alimentaires basiques dans la micro-épicerie, je me remets en route pour emprunter au sud-ouest  le "passage à crocodiles", un chenal mangroveux qui rejoint l'océan.
Après avoir longé le sud de Wagina sans difficulté, je fais une pause à Nikomaroro pour tenter de trouver des fruits et des légumes. Le "port" étant situé à l'écart, à l'ouest, je n'ai pas vraiment envi de m'éloigner de mon kayak qui ne serait pas surveillé. James me l'a d'ailleurs lui-même déconseillé. Du coup je fais confiance à un local pour me trouver des pomelos, une sorte de pamplemousse en beaucoup plus sec. Je lui donne 10 SBD pour cela. A son retour il n'a évidemment plus le billet, c'était prévu, mais les pomelos qu'il me ramène ne sont pas mûrs. Je me suis fait avoir.
Ce village m’envoyant de mauvaise ondes, je préfère reprendre la navigation vers l'ouest. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire car un fort courant contraire contrarie mes plans. Heureusement un vent arrière, même si celui-ci génère de grosses vagues déferlantes, me permet de combattre ce courant. 2h30 plus tard je réussi à rejoindre, totalement crevé, une île au sud-ouest de Wagina, à deux km des villages d'Arariki et Cocosin (qui sont un peu comme Buda et Pest, séparés par une rivière). Cocosin est catholique, Arariki est protestant.
Pour la première fois j'ai du réseau, mais mon option monde ne fonctionne pas dans ces contrées ! Après une bonne soupe en sachet au feu de bois, rincé, je m'écroule à 20h. À 23h45 je suis réveillé par le bruit des vagues toutes proches. L'eau est presque montée jusqu'à la tente. C'est incroyable car je croyais qu'elle était déjà haute à 18h ! Décidément ces marées sont incompréhensibles. En Bretagne c'est simple, mais ici ça ne ressemble à rien !

Vendredi 23 juin
J'ai bien dormi, il n'a pas plu de la nuit. A 6h45 mon kayak se glisse sur l'eau bleue. Peu après je rejoins un île en fer à cheval campée à l'ouest de Wagina sur laquelle vit une famille de pêcheurs de nacre. Quatre ou cinq jours par semaine ils descendent à 35 mètres pour récolter de grandes huitres nacrées au narguilé. Heureusement ils semblent conscients des risques et respectent la stricte procédure des paliers de décompression lorsqu'ils remontent au bateau. D'après ce qu'ils me disent ils ont vu pas mal de leurs collègues devenir handicapés pour avoir négligé ce "détail". Du coup ils ne déconnent pas.
Je passe ma journée à visiter les splendides îles qui tapissent ce lagon situé à l'ouest de Wagina. Après avoir fait ma réserve de coco verts, je pose le bivouac sur une belle plage ombragée. Mais l'horizon est sombre et la pluie ne tarde pas à refaire son apparition. Et oui, 48 h sans pluie, ça s'arrose ! D'abord de fines gouttes, mais ensuite de grosses averses qui s’alternent en devenant de plus en plus longues. Je me mets en mode humide pour la seconde fois et m'enferme dans la tente. Continent sciences, l'émission passionnante de Stéphane Deligeorges sur France Culture, en podcast sur mon mp3, me permet de passer le temps. Vers 18h00 je profite d'une accalmie pour sortir pisser, mais je suis aussitôt assailli par des hordes de moustiques affamés.
Aujourd'hui la marrée a été basse à 11h, mi-haute à 17h, de nouveau basse à 21h, et vraiment haute pendant la nuit. Bizarre...





























Samedi 24 juin
La pluie n'a pas cessé de la nuit. A 8h20 je suis toujours enfermé dans la tente, à écouter encore et toujours Continent sciences. Le ciel est très gris, voir noir d'encre sur certains horizons. Allez, je n'en peux plus, je plie les gaule malgré les gouttes.
A 9h15 le kayak est à l'eau, tente trempée au fond du sac. Je traverse sans problème en 2h45 les 13 km qui me séparent de l'île Bembalama. 4.7 km/h, c'est une très bonne moyenne. Je suis très content de la modification effectuée sur l'étrave avant de partir. L'ancienne forme ne coupait pas les vagues, mais la nouvelle le fait. Pour cela j'ai inséré sous les deux boudins centraux une sorte de banane en mousse polyéthylène de section carré pour remplacer le plan qui me freinait par en coin à 90°. Cette astuce simple et légère me fait presque gagner 1 km/h !
Pendant le trajet j'ai vu des bancs de bonites  sauter hors de l'eau à tout va. J'ignore pourquoi elle se comportent de cette façon.
Dans le hameau situé à l'ouest de Bembalama il n'y a pas un chat. C'est le WE, ils sont tous au village. Après avoir mangé le minimum vital, un coco sec, quelques biscuits et un succulent morceau de porc fumé et séché importé de France, je me permets de refaire mes réserves d'eau à la citerne d'une des cases (qui récupère l'eau de pluie). Bien entendu j'ajoute systématiquement mes pilules de chlore. La vigilance s'impose.
L'île de Kaghau marque ma dernière étape avant d'entamer mon trajet retour pour Suavanao. Je débarque mes affaires sur la piste d’atterrissage herbeuse de ce micro aéroport qui ne doit pas accueillir plus de trois ou quatre avions par semaine. La pluie a réhydraté les algues qui tapissent le sol sous les herbes. Elles rendent cette piste très glissante et je manque plusieurs fois de me casser la gueule. Comment font-elles pour résister au soleil de plomb qui sévit parfois ? Mystère...
Il est 14h et je suis très fatigué. A défaut d'humain pour m'accueillir, un troupeau de bovidés tond paisiblement l'immense tarmac. Pendant ce temps une armée de coqs, de poules et de canards se chamaillent pour quelques insectes. J'étale mes affaires humides au soleil sur cette immense prairie, dont ma tente trempée qui ne demande qu'à perdre du poids.
Je perçois à une quinzaine de mètres, à l'ombre de grands arbres, un glou-glou qui ne ressemble pas au bruit de la mer. Surprise: Il y a un tuyau d'où jailli une eau courante dans une petite enceinte cloisonnée protégée des zébus. Ne pouvant résister à la tentation, je m'autorise une douche fraiche monumentale. Par cette chaleur c'est un plaisir impossible à réfréner. Je profite aussi de l'aubaine pour laver quelques fringues. J'espère que le propriétaire, dont la maison est à une quinzaine de mètres, ne va pas débarquer pendant la manœuvre. Je serais un peu confus de n'avoir demandé l'autorisation.
Un salomonais débarque. Il me dit que cette île appartient à un occidental qui ne devrait pas tarder à arriver en bateau. En effet, vers 16h30 je fais la connaissance d'Eric, un Serbe retraité marié à une salomonaise (restée au village aujourd'hui). C'est de cette façon qu'il a acquis cette île. Il m'invite à dormir dans une autre case qui est située en face de la sienne de l'autre côté du tarmac. J'ai même droit à un lit, une moustiquaire et une petite cuisine qui a de l'eau courante !
En soirée l'un de ses employés m'apporte du riz au lait de coco agrémenté de thon en boite. Malgré mon insistance Eric refuse de me faire payer quoi que ce soit, c'est très gentil de sa part.






































Dimanche 25 juin
Le monstre hideux est revenu hanter mes aubes tropicales. Cette bête de cauchemar a commencé à coqueriquer vers 4h du matin. Les boules quies restent l'arme la plus adaptée pour s'en protéger, mais parfois elles ne suffisent pas quand l'oiseau de malheur sévit juste à côté, voir à plusieurs.
Ce matin Eric m'apporte un thermos, des sachets de thé, des biscuits et une sorte de gâteau bourratif, mais très bon, à la banane. Je suis traité comme un roi.
Vers 9h00 je vais plonger au bout de la piste, côté sud-est. Le poisson est là, presque trop facile à tirer. Pour pimenter la chasse je fais en sorte de ne pas tirer deux fois la même espèce. Après deux heures de plongée je ramène largement de quoi nourrir la petite population de cette île originale.
Vers midi il faut virer les zébus qui squattent le tarmac pour permettre à un avion en provenance d'Honiara d'atterrir tranquille. Chose rare, le pilote et le copilote sont des femmes. A cette occasion je fais la connaissance de Kenneth, un homme qui vit avec sa famille au Nord de l'île Rob Roy. Il est venu ici récupérer son fils qui, normalement, se trouve dans l'avion.  Mais surprise, celui-ci n'y est pas car le pilote n'a pas daigné passer par Ghizo en venant d'Honiara. Les pilotes changent parfois leur plan de vol quand les conditions météo sont trop tendues.
En gravissant la colline d'où est captée l'eau courante on arrive à avoir du réseau, mais mon option monde ne marche toujours pas. Depuis mon arrivée je n'ai aucune nouvelle de France et je n'ai pas pu en donner. Eric me permet d'utiliser son mobile pour envoyer un SMS à mon frère. J'ai bien une carte SIM locale achetée lors de ma précédente expédition, mais je ne peux évidemment pas acheter de crédit ici. Il va falloir attendre d'être revenu dans un village.














































lundi 26 juin
Excellente nouvelle: la porosité de mes boudin est constante. C'est un souci de moins à gérer.
Après un petit déjeuner copieux où Eric a frit du poisson qui restait de la veille, je démarre la navigation à 8h20 le ventre plein.
Mon but aujourd'hui est de rejoindre le hameau où vit Kenneth et sa famille car il m'a gentiment proposé de m'héberger cette nuit. Pas de courant gênant, mais un vent de travers qui génère des creux pas si petits. Mais les îles étant proches les unes des autres, ce n'est pas trop grave.
Au fur et à mesure de ma progression le ciel se charge en gros nuages noirs qui n'annoncent rien de bon. Effectivement, à moins d'un km de Rob Roy se lève un vent à décorner les zébus. En forçant comme un bœuf j'arrive à rejoindre un petit îlot où pousse une mangrove dont les racines m'offrent une solide protection contre les rafales et les vagues. Il ne reste plus qu'à attendre une accalmie. Mais celle-ci ne vient pas et il va falloir naviguer ce dernier km dans des vagues bien formées. Heureusement ce petit îlot marquait un changement de direction. Je naviguais sud-est avec un vent de face, et maintenant je dois filer sud-ouest. Le vent est donc désormais arrière sur bâbord. Une grosse averse s'invite à la dernière minute, et c'est donc en plein rodéo et sous une pluie diluvienne que je débarque chez Kenneth.
Après m'avoir présenté à sa sa famille, Kenneth m'installe dans la chambre d'une case en rénovation qui possède une grande terrasse couverte. Je suis logé comme un roi, on m'apporte même des bananes et des coco verts. Malgré la fatigue je tiens mordicus à chasser. Avec le jeune fils de Kenneth nous partons en pirogue dans quelques coins mangroveux. Mon partenaire, qui me met en condition en m'apprenant qu'il s'est déjà trouvé deux fois nez à nez avec un crocodile, n'a pris avec lui qu'un fusil et un masque. De plus il doit gérer le bateau avec une vieille ficelle dont la solidité ne tient plus qu'à un fil ! Je suis vite déçu car les fonds sont turbides et peu poissonneux. De plus mon masque fait toujours de la buée et je tousse comme un porc. Heureusement la pluie, arrivant sur la fin, fait fuir ces insectes cruels. Il faut absolument que je teste la moustiquaire sur le tuba. Sans ça je vais finir par crever. En milieu d'après midi nous rentrons avec un peu de poisson, dont 90% du poids  me revient. C'est évidemment grâce à mon matériel et non mes compétences.
La fin de la journée est marquée par de grosses pluies qui se relaient invariablement. J'ai du mal à respirer, comme si j'avais un grosse bronchite. J'espère que les symptômes vont, comme d'habitude, passer rapidement. Malgré mon état de fatigue et la pluie persistante je me force à suivre Kenneth qui m'a invité à l'accompagner en bateau pour acheter du carburant sur une île située à 15 minutes d'ici. Heureusement il m'a prêté un vieux ciré jaune, genre breton, dans lequel je peux me recroqueviller pour oublier ce temps brestois.
Au dîner nous dégustons le poisson pêché en milieu de journée. En face de moi un crâne de crocodile trône naturellement au milieu du "tableau électrique".
Ce soir, vu mon état de fatigue, pouvoir me coucher dans un lit est une bénédiction. Être sous la tente par ce temps pourrait me rendre très malade.





















Mardi 27 juin
Nuit agitée à cause de la difficulté que j'ai à respirer et de la forte humidité. Vers 2h30 du mat je dois avaler 1g de paracétamol pour me soulager.
Après un petit déjeuner en famille je mets le kayak dans l'eau à 8h35. D'après Kenneth le courant devrait m'être défavorable en allant vers l'est. Pourtant c'est le contraire, je profite pendant deux heures d'un bon flux portant. C'est tant mieux car je dois affronter un vent de face. Après le virage qui me fait prendre une direction sud-est le courant s'inverse. Là commence une pénible progression contre vents et marées. Je ne peux même pas faire de pause car sur ma droite s'étendent de grands platiers friables battus par les vagues. Quatre heures de pagayage ça commence à faire beaucoup et vers 13h30 je fais une pause sur un petit îlot habité par un couple de balbuzards. Stupeur, la toile du kayak s'est décollée de trente centimètres sur l’arrière, laissant le boudin extérieur droit apparent. Merde, je ne me vois pas réparer tout de suite dans ces conditions. ça attendra. Pour l'instant je surveille un changement de courant qui pourrait faciliter ma recherche de l'ilot propice au bivouac.
Vers 14h30 la mer est basse mais le courant ne change pas de direction, il file toujours vers le nord-ouest. Quel "drôle" de pays. Par sauts de puce je parviens à me poser vers 16h sur un petit îlot qui me parait inhospitalier. Pas de sable mais des morceaux de corail, et une végétation envahissante qui ne laisse guère de place pour la tente. Mais je n'ai pas trop le choix, les autre ne sont pas mieux. En cherchant bien je parviens tout de même à trouver un coin sableux en hauteur, au pied d'un arbre de fer (filao). Reste à défricher, déterrer quelques souches, et aplanir le terrain. Après une bonne heure de travail, contre toute attente je parviens à me faire une place tout à fait confortable. Je trouve même du bois suffisamment sec pour faire du feu. Ce n'était pas gagné vu les trombes d'eau tombées cette nuit. Un bonne soupe Knorr et le moral repart. Comble du luxe: L'absence d'eau stagnante sur ce lopin de corail empêche les moustiques d'y vivre. Il n'est pas utile de m’enduire de répulsif.
J'ai la flemme de réparer le kayak. Le sable est inadapté pour ce genre de travail. Il me faudrait un plancher pour dégonfler et recoller proprement les deux morceaux divorcés. Aller, ça attendra.
Le changement de courant a finalement lieu à 17h30. Comme je le pressentais les courants sont en décalage par rapport aux marées. Mon schéma breton, qui ne s'applique pas ici, est responsable des quiproquos récurrents avec les locaux sur la question.

Mercredi 28 juin
Enfin une excellente nuit. Il n'a pas plu et j'ai dormi comme un loir. A 6h20 le kayak est à l'eau, juste avant le lever du soleil. Le courant de marée montante (vers le sud-est) est  installé et je compte sur lui pour me porter sur l'île en fer à cheval. Vers 8h00 j'y parviens sans encombre. Sur place le chef de famille me propose de monter ma tente sous le toit d'une case en partie détruite par le dernier cyclone. Le sol n'est pas tout à fait horizontal mais c'est mieux que rien. De plus il va me permettre de réparer le bateau. Pour l'heure je préfère aller chasser. Sur l'eau je m’aperçois que j'ai encore oublié de mettre une moustiquaire sur le tuba. ça ne loupe pas, les insectes me défoncent de nouveau la trachée et je tousse comme un fou. La buée me fait encore chier pendant un bon moment je dois plusieurs fois re-cracher dans le masque avant d'être à peu près tranquille. Je chasse toute la matinée et ramène une pêche honorable, dont 3 carangues bleues.
Après avoir avalé du poisson frit et réalisé une micro-sieste, je trouve le courage de réparer mon embarcation. Ce n'est pas facile dans cette moiteur peu propice au collage. J'espère que ça tiendra. Réponse demain matin au gonflage du bateau.
Ce soir je dors pas loin d'une truie qui s'est mise à l'abri sous le même toit que moi avec ses six porcelets. Du haut de mon plancher j’observe les petits gourmands défoncer les tétons de leur mère qui encaisse les coup de boutoir sans broncher.






Jeudi 29 juin
Nuit agitée. La pluie a sévi une bonne partie de la nuit et l’humidité très forte n'a pas amélioré la "bronchite" encore chopée hier. Je regonfle le kayak en priant. Ouf, ça semble bien tenir.
Je pars vers 8h00. Un fort courant portant m'emmène rapidement à Cocosin, le village catholique. Je vais y passer la journée et la nuit pour me reposer et trouver le bateau qui me fera revenir sur Isabel. En remontant la rivière qui sépare Cocosin de Harariki, je tombe sur la maison d'hôte qu'on m'a indiqué et qui appartient au prêtre du village. Pour 100 SBD la chambre est tout à fait correcte. De plus Il y a une douche, une cuisine et des toilettes communes. Je vais pouvoir me reposer un peu. En face de ma chambre s'élève la grande ancienne église et l'immense nouvelle. C'est dingue le pognon qui est mis dans ces édifices religieux.
Je me mets en quête de pamplemousses. Quelqu'un me propose de le suivre dans la colline pour trouver des fermiers qui possèdent les arbres sur lesquels ils poussent. Mais cette journée pluvieuse rend cette petite randonnée difficile car le terrain est glissant. La montée se fait à peu prêt sans danger, mais on ne peut pas en dire autant de la descente où il faut continuellement s'accrocher aux branches pour ne pas risquer de dévaler le chemin boueux sur le cul ! Quelle expédition pour ramener trois pomelos, trop secs de qui plus est !
Je décline une proposition de transport. 2400 SBD avec un 60 ch, c'est beaucoup trop. Le prêtre me dit qu'il connait quelqu'un qui possède un 30 ch (le minimum pour ce genre de traversée) et qu'il devrait me faire payer beaucoup moins cher. A 20h je n'ai aucune nouvelle, on verra ça demain.
Mon option monde ne marche toujours pas, mais j'ai enfin pu acheter du crédit pour ma carte sim locale. Je parviens à envoyer un SMS à mon père, mais ensuite toute tentative d’envoi reste infructueuse.













Vendredi 30 juin
à mon réveil je réessaye d'envoyer des SMS et de consulter ceux potentiellement reçus. Mais la situation est pire qu'hier soir, il n'y a plus de réseau du tout ! Les deux cartes sont bloquées en mode "urgence" !
Vers 8h Ben, la personne qui possède le 30 cv, vient à ma rencontre pour discuter du prix de la traversée. Nous tombons d'accord à 650 SBD, soit seulement le quart de la proposition d'hier ! J'ai bien fait d'attendre... A 9h15 j'embarque, avec mon kayak, sur le bateau de Ben qui a remonté la rivière jusqu'au ponton qui jouxte mon lodge. Nous sommes quatre en tout.
Il nous faut deux longues heures éprouvantes pour atteindre le lagon situé à l’extrémité nord-ouest d'Isabel. Des vagues anarchiques, provoquées par la conjonction du vent et d'un courant opposé à celui-ci, nous balancent des paquets d'eau. Nous débarquons transis de froid sur l'île de Nohabuna. Après avoir fait mes adieux à Ben et aux deux autres personnes qui nous ont accompagnés, je file rejoindre en solo l'île de Suki qui se trouve à 5km plus au nord. Une heure plus tard je pose mon bivouac sur le plateau sableux qui domine la plage exposée sud-est, face au vent. Il n'y a pas d'ombre mais le ciel est nuageux. Aurai-je la chance de n'avoir n'y soleil ni pluie avant ce soir ?
Je suis trop fatigué pour chasser et j'ai, de plus, une douleur à l'oreille droite. Les paquets d'eau reçus dans la figure y sont peut-être pour quelque-chose. Pour me rincer j'utilise 1 litre sur les 9 que j'ai pris avec moi. Pour compenser je récupère l'eau de tous les cocos secs échoués sur la plage. La pluie n'étant pas tombée aujourd'hui je peux facilement faire du feu.
L'isolement est total. Les humains les plus proches sont les quatre gardiens de la réserve d'Arnavon située à 17 km au sud-ouest. Je ne peux évidemment pas la rejoindre en cas de pépin car il me faudrait traverser le dangereux chenal. Vu la force du courant et la hauteur des vagues ce serait du suicide sur mon petit bateau. Les premiers humains que je pourrais éventuellement rejoindre se trouvent à Ritamala, le hameau dans lequel j'ai passé deux jour à l'aller. Mais il se trouve tout de même à 25 km et maintenant il ne faut pas oublier que je dois naviguer en vent contraire dominant. Une journée ne serait pas suffisante pour m'y rendre. Bref, je ne vais pouvoir compter que sur moi-même pendant quelques jours.



















































Samedi 1er juillet
Salle nuit. La pluie a bombardé ma tente la moitié du temps. J'ai même eu froid car, étant en mode "humide", mes affaires chaudes étaient enfermées dans le petit sac étanche que je n'ai pas eu le courage d'ouvrir.
Tout est trempé, Il n'est donc pas question de faire du feu pour le thé. Heureusement il ne pleut plus et je peux tout de même faire sécher la tente avant de la mettre au fond du gros sac.
Départ 8h10. Vers 11h je fais une pause coco verts sur la pointe est de l'île Kohirio. Je m’aperçois que j'ai perdu, comme un con, mon crochet coco. Par conséquent pas d'autre choix que de monter au cocotier. Heureusement j'en trouve un pas trop grand et penché. Je me désaltère et rempli une bouteille d'un litre avec le reste (Comme liquide je transporte désormais 7 litres d'eau et un litre de jus de coco).  puis je longe Kohirio par le sud en pénétrant de temps en temps dans la magnifique mangrove qui la borde. Je ne m'y attarde pas car elle est infestée de méchants petits moustiques. Au nord-est de Malakobi je tombe sur un cocotier dont les fruits poussent à 1 mètre de l'eau ! Si j'avais su je n'aurai pas dépensé mon énergie à faire le singe pour en décrocher tout à l'heure.
Depuis 24 heures je n'ai croisé aucun humain ni même aperçu une pirogue ou un bateau au loin. Je suis seul dans une nature magnifique et sauvage. Aucune habitation, c'est le royaume des animaux.
En fin de matinée la pluie fait son apparition. Vers midi j'arrive sur l'îlot de Pareipoga sur lequel je compte passer la nuit. Ma tente à peine montée qu'une grosse ondée me tombe sur le coin de la goule. J'installe la bâche pour récupérer l'eau de pluie. L'averse, qui dure une heure, me permet de me laver entièrement, savonnage complet compris, et de remplir la totalité de mes réserves d'eau, soit 9 litres. C'est une orgie d'eau douce.
Vers 15h30 le ciel semble vouloir se dégager. Peu fatigué par cette petite journée de pagayage, je décide d'aller chasser. Devant mon arbalète passe un gros thon et une carangue d'au moins 10 kg ! Pas question de tirer, c'est trop pour moi et je risquerai de perdre du matos dans ce combat. Finalement je tire un chirurgien. À mon retour sur la plage je parviens à faire du feu avec les branchages secs qui dépassent des troncs qui se sont échoués sur la plage. Les morceaux de bois posés sur le sable sont trop humides de la pluie récente. Je me rempli le ventre de poisson grillé.
Avant de dormir, pour la première fois de mon séjour, je prends un comprimé d'antihistaminique. Les moustiques ne m'ont pas loupé.










































Dimanche 2 juillet
Il n'a pas plu cette nuit mais j'ai moyennement dormi.
Départ 7h40. Il me reste 6 litres d'eau et pas de jus de coco. Je vais longer le sud de Popu 1. Tout se passe bien jusqu'à ce que j'arrive dans un cul de sac ! J'ai mal géré ma progression en empruntant une voie de garage au lieu de l'entrée chenal. Il est facile de se planter car il y a de nombreux pattés de mangrove qui empêchent de voir la limite des îles. Mais après un bonne demi-heure perdue je trouve enfin mon chemin.
Au milieu de ma progression je m'autorise une petite sieste sur mon kayak, à l'ombre de la mangrove. Les clapots qui arrivent dans ses racines génèrent un délicieux cliquetis qui vient s'ajouter au grondement lointain du platier. Bercé par cette symphonie naturelle et les mouvements de mon kayak, je me laisse délicieusement emporter par un sommeil réparateur. 20 minutes plus tard je me réveille ragaillardi et prêt à poursuivre ma route.
Arrivé au nord-est de Popu 1 je me mets en quête de cocos verts. Pour cela je tente de débarquer sur le platier découvert et très abrasif de la pointe nord-ouest de l'île Ghebira où j'ai vu des cocotiers. Pas le choix, il n'y a pas de plage de ce côté de la passe. Je ne suis pas rassuré pour mon bateau qui, à cause des vagues, s'écrase sur les pointes acérés et les lames coupantes de calcaire pendant que je tente de l'extraire de l'eau. Lorsque j'y parviens une odeur de charogne m'agresse en plus de la chaleur accablante accumulée par la masse de pierre. En remontant le vent à pied je tombe, 100 mètres plus loin, sur le cadavre d'une énorme loche pesant sans doute plus de 50 kilos. Les yeux globuleux, de la taille d'une balle de ping-pong, sont exorbités. Le fait de me trouver isolé de tout en face de ce cadavre et de sentir cette odeur de putréfaction ne m'incite pas à rester ici. J'abandonne aussitôt ma recherche de cocos verts, remets mon kayak à l'eau et traverse la passe pour rejoindre la pointe sud-est de l'île Bates. Cette fois-ci il y a une plage où je peux facilement débarquer. Après avoir bu des cocos facilement accessibles je pars faire des réserves en poussant, à pied par le platier découvert, mon investigation. Mais cette fois-ci les cocotiers sont trop verticaux pour l'occidental que je suis. Je fabrique donc un nouveau crochet coco avec la branche d'un d'arbre. À l'aide de cet outil, que j'attache sur une longue perche à l'aide d'une lanière découpée dans de la chambre air, je décroche six ou sept cocos verts. Mais, chose rare, ils s'avèrent tous vides ! Ce cocotier est déjà loin du lieu où j'ai débarqué, mais il va pourtant falloir pousser encore plus loin mes recherches. La chaleur renvoyée par le platier me fait consommer une bonne partie de l'eau des cocos que je parviens difficilement à crocheter. Du coup je ne parviens à stocker qu'un seul litre qui s'ajoute aux 6 litres d'eau qui me reste.

Après avoir usé mon énergie à rejoindre un îlot finalement pas bivouacable (trop bas, donc risquant d'être recouvert à marée haute), je reviens vers la pointe sud-est de Bates qui possède la seule plage du coin exposée au vent. Mais du vent, il y en a peu et en soirée il risque de tomber totalement. Le coin étant infesté de moustiques, ça risque d'être la fête. Sans attendre je dégage les hauteurs de la plage et aplani le sable pour installer au plus vite ma tente. En retournant le kayak pour contrôler l'état de la toile je découvre deux déchirures de 2 et 5 cm. Heureusement les boudins n'ont pas été touchés. Le responsable est évidemment le platier sur lequel j'ai débarqué aujourd'hui. Il faudra réparer demain matin car pour l'instant je n'en ai pas le courage.
Ce soir Il me reste 5.5 litres d'eau et un demi litre de jus de coco. Il n'est donc pas question de me rincer à l'eau douce. Dans ce cas une seul technique: Se laver à l'eau de mer en prenant soin de s'essuyer partout pour enlever le maximum de sel. Avec ce stratagème on arrive à ne pas se sentir trop poisseux pendant la nuit. Puis je m'enduis de répulsif car le vent est totalement tombé et les moustiques sont sur les dents.
Pour chauffer des nouilles chinoises je fais du feu. N'ayant aucune énergie pour chasser ce soir, il me faut taper dans les réserves.
Pas de réseau et aucune trace de vie humaine depuis plus de 48 heures, je suis vraiment coupé du monde.

































Lundi 3 juillet
J'ai mis pas mal de temps à trouver un bon sommeil, mais sur la fin c'était parfait. Il n'a pas plu, c'est déjà ça de gagné.
Il n'y a pas un pet de vent et, par conséquent, la première chose à faire avant de sortir de la tente est de m’enduire de répulsif. La seconde est de vite coller les rustines sur la toile du kayak afin de laisser la colle sécher au moins une heure avant la mise à l'eau (Les déchirures ne se trouvant pas sur des zones de contrainte, il n'était pas nécessaire de réparer hier soir). La troisième chose à faire est d'allumer un feu pour chauffer le thé au lait (en sachet). Je me régale d'avance. Mais l'idiot que je suis renverse la totalité du verre ! Quelle frustration.
Départ 7h20. En repassant la pointe nord-ouest de Ghebira les effluves infectes de la loche pourrissante agressent de nouveau mon nez qui n’avait rien demandé.
Je longe par le nord, donc en mer ouverte, les immenses platiers lugubres de Ghebira et Kologhose. Je n'aurais pas envi d'être obligé de débarquer sur ces cailloux acérés battus par la houle. Il me faut rester loin du bord pour éviter à tout pris d'être emporté par une déferlante. Le grondement est très dissuasif. En chemin je croise un bateau dont les occupants me regardent avec de grands yeux. C'est la première fois en 70 heures que je croise âme qui vive. Après s'être assurés que tout allait bien pour moi ils poursuivent leur chemin en sens inverse. Il me faut deux heures pour arriver dans la passe entre Kologhose et Koropagho, soit une moyenne de 3.5 km/h. Sachant qu'il y avait du vent et des clapots de face, je considère que c'est une bonne moyenne.

En longeant, par le sud, l'île de Ghopuria, un local m'interpelle. Snoboy travaille pour le Vavaghio resort qui se trouve tout près à l'est de l'île Vakao. Il y vit avec sa famille. En fait il a entendu parler de moi lors de mon trajet aller et semble heureux de me rencontrer. Il est venu en bateau à moteur sur Ghopuria pour poser des pièges à Cacatoes. Cette espèce de perroquet blanc vit sur la cyme des cocotiers.
N'ayant rien bu depuis mon départ, je m'autorise à demander à Snoboy si il pourrait me décrocher quelques cocos verts car les cocotiers sont trop haut pour moi. Ni une, ni deux, il grimpe agilement à l'arbre et décroche trois cocos. J'en bois deux et mange leur chair. N'ayant rien avalé depuis ce matin,
ça fait vraiment du bien.
Snoboy m'apprend qu'il n'y a en ce moment aucun touriste dans le resort et que son propriétaire, un néo-zélandais, est parti dans son pays pour quelques jours. Sentant l'opportunité de dormir au sec je lui demande si il serait possible d'installer ma tente sous un toit. Pas de problème selon lui. Nous embarquons donc dans son bateau, kayak en remorque, pour parcourir le km qui nous sépare des baraquements.

Vavaghio resort est assez original. Il n'y a aucune plage, mais un ponton très long qui va se perdre dans la forêt pour aboutir sur des cases solides et luxueuses pour la région. Ces masures, toutes reliée entre elles par des passerelles en bois, servent des dortoirs à des clients principalement surfeurs. Je m'installe sur une superbe terrasse couverte qui domine le cloaque mangroveux qui nous sépare de la mer. Les arbres ne sont heureusement pas trop serrés et l'air circule convenablement. Les toilettes et la douche sont juste parfaits et d'une propretés irréprochable. J'ai bien besoin de ça pour me remettre de ces trois jours isolés.
Bien entendu je ne résiste pas au plaisir d'aller chasser et aussitôt la tente montée je file avec mon kayak sur le récif en face de la jetée. Mais j'ai encore oublié de mettre la moustiquaire sur le tuba ! Ne jamais reporter au lendemain... Bien entendu je tousse affreusement, et mon masque fait encore et toujours de la buée. Vers 15h je ramène, malgré des poissons assez méfiants, une pêche tout à fait correcte, dont une superbe dame tombée (Vivaneau maori). Je suis content d'avoir piqué du poisson pour tout le monde. C'est un peu ma façon de payer mon loyer.
Ce soir la toux m'a mis KO. J'ai doublé le paracétamol par de l’ibuprofène.
En soirée Jason, un autre homme qui vit aussi ici avec sa famille, me compte quelques anecdotes passionnantes. Par exemple en 2010 une tribu isolée a été découverte au fin fond de Choisel en plein milieu de la forêt par un homme qui s'y était enfoncé pour chasser le cochon sauvage. Elle y séjournait depuis la seconde guerre mondiale sans être revenue sur la côte depuis qu'elle avait fuit les combats côtiers. Depuis, ses membres ont toujours vu des avions dans le ciel et, aussi incroyable que cela puisse paraître, croyaient que la guerre continuait ! Autre histoire sympa: Quand Jason avait 15 ans son père a pêché un énorme requin avec ses compagnons. Ils ont trouvé dans son estomac des déchets de toute sorte, dont deux tortues et deux dauphins ! Enfin, Jason me montre un  anneau d'environ trente cm de diamètre taillée dans un bénitier sans doute énorme. En des temps reculé ces objets valaient titre de propriété et appartenaient uniquement aux chefs. Ces derniers s'en servaient comme monnaie d’échange pour régler de gros conflits entre tribus. D'après Jason ils auraient été réalisés non pas dans les îles Salomon mais en Thaïlande. Comment et pourquoi ont-ils fini sur cette île ? Mystère...






























































Mardi 4 juillet
Au petit déjeuner on me sert d'excellents pancakes. Accompagnés d'un thé bien chaud c'est juste le bonheur.
Ma "bronchite" n'est pas passée pendant la nuit. Il me faut reprendre de l’ibuprofène. Je m'inquiète un peu. De plus il pleut, il est donc hors de question de reprendre la mer aujourd'hui.
Normalement je devrais me reposer mais l'envie d'aller chasser prend le dessus. Cette fois-ci je n'oublie pas d'installer, à l'aide d'une lanière de chambre à air, un morceau de moustiquaire sur le tuba. Puis, sur mon kayak, je rejoins le récif de koropagho situé au nord-est du resort. Stupeur, c'est la misère totale. Les poissons sont ridiculement petits. La bonne nouvelle c'est que la moustiquaire semble fonctionner. Je ne tousse presque pas. Au bout d'une heure je me résigne à rentrer bredouille. Mais une tempête de sud-est vient de se lever et il est très difficile de pagayer contre ce vent. Il me faut plus de trois quarts d'heure pour refaire le trajet que j'ai effectué en 20 mn à l'aller !






















Mercredi 5 juillet
Départ 6h45 en direction de Suavanao. Dans un premier temps il n'y a pas de vent mais celui-ci ne tarde pas à se lever. Après plusieurs heures de navigation  éprouvante je me trouve à 6 km de l'îlot sur lequel j'avais élu domicile lors de mon premier bivouac, en face du passage qui mène à Kia. Mon but est de m'y rendre pour y bivouaquer à nouveau. Mais une tempête se lève subitement, un peu comme hier, et je suis contraint de me rabattre sur l'ile Rapita qui est à moins de 2 km au nord de ma position. Pour cela il me faut compenser une dérive sévère mais c'est jouable.
Arrivé sur place je me rends vite compte qu'il me faudra bivouaquer sur du corail. Je me mets donc en quête de grande palmes de cocotier pour former un matelas sous la tente. Mais les jeunes arbres pas trop hauts sont perdus dans une végétation dense que je dois d'abord couper à la machette pour atteindre les palmes. Pendant l'opération je me fais copieusement piquer par de grosses fourmis rousses. La piqure est assez douloureuse mais ne dure heureusement pas longtemps. Matelas réalisé, tente montée et affaires rangées, je pars en quête d'une réserve de cocos verts. Mais les cocotiers pas trop haut sont malheureusement eux aussi bien enfoncés dans la végétation et je dois encore donner de grands coups de machette pendant plus de 10 minutes avant d'atteindre mon but. Je ramène finalement cinq cocos mais je perds mon nouveau crochet ! Impossible de mettre la main dessus. Je passe une bonne demi-heure à tenter de le retrouver en défrichant tout autour de l'arbre mais rien. Il s'est volatilisé !
Ayant du temps devant moi je pars chasser et ramène un poisson que je grille aussitôt. Mais je le mange sans vraiment en avoir envie. Je rêve d'une entrecôte avec des frites et de la salade, mais il faut bien se nourrir un minimum ! Puis je me chauffe une soupe pour bien profiter du fait que le bois soit relativement sec. C'est pas tous les jours !
Ce soir le vent est tombé. La lune est bientôt pleine, les forts courants risquent donc de revenir.






Jeudi 6 juillet
Nuit moyenne, mais au moins il n'a pas plu. Départ 6h45 sous très peu de vent. Je rejoins sans problème l'île Heteheta sur laquelle je fais une pause coco vert. Mais ensuite ça se corse. A peine revenu sur l'eau le vent se met à souffler fortement. Les moutons et les creux se formant rapidement, je dois rejoindre au plus vite la côte d'Isabel pour les éviter. Arrivé sur place, non sans mal, je m’aperçois que même si l'eau est peu agitée le vent est, quant à lui, toujours aussi fort et de face. Après 2h30 de navigation galère je n'ai parcouru que 5 km, soit une piteuse moyenne de 2km/h ! C'est une navigation "bouts de ficelle" où alternent marche à pied lorsque le fond le permet, et pagayage lorsque celui-ci est trop profond ou impraticable à cause du corail.
Après des heures de navigation fatigante je débarque en milieu d'après-midi sur une belle plage derrière laquelle se trouvent quelques cases. J'ai tout de même parcouru 20 km dans des conditions difficiles, il grand temps de m'arrêter quelque part. Mais L’accueil est mitigé. Je ne sens pas un enthousiasme débordant chez ses gens dont la presque totalité est groggy sous l'effet des noix de Bétel. Je demande si il y aurait un toit pour la nuit. On me répond qu'il y a une "rest house". Je demande le prix mais on me répond qu'on verra ça plus tard. Tout ceci n'est pas clair mais pas le choix, il est trop tard pour chercher un autre bivouac. La case est propre mais elle manque de courant d'air. Après une "douche" à la citerne d'eau de pluie principale on m'annonce la couleur: 300 SBD ! Je rétorque que c'est beaucoup trop cher et on me répond qu'on verra demain avec le chef si il peut y avoir une ristourne.





























Vendredi 7 juillet.
Avant de partir je dois payer ma note. Le chef m'annonce de nouveau 300 SBD. Je lui dit que c'est beaucoup trop cher pour une case sans moustiquaire, peu aérée, située au bord d'un marrais puant, sans sanitaire et sans toilettes (il faut aller dans la mangrove). Je lui propose 100 SBD en lui faisant comprendre que c'est déjà beaucoup trop. Il accepte et je me barre aussi sec.
Après une matinée sans vent je débarque vers midi sur Ikaikao, une petite île isolée plantée à 2 km au sud-ouest d'Omona. Je dégote un endroit très agréable pour bivouaquer: Sable assez haut, ombre bien grasse, vent de face et absence de moustiques. Après avoir monté la tente je pars chasser et ramène une carangue et un chirurgien que je fais griller dans la foulée. Je me force à manger car j'en ai marre du poisson grillé. Mais je n'ai pas beaucoup de biscuits ni de nouilles chinoises et je dois donc me forcer.
En faisant le tour de l'île je découvre une petite ruche au creux d'un arbre mort sur la plage. La vie s'installe partout dans ces pays tropicaux.





















Samedi 8 juillet
J'ai passé une excellente nuit. A peine les gaules pliées, la pluie se met à tomber. Pas une grosse averse, mais un crachin breton qui semble parti pour durer. Il n'y a heureusement pas de vent et la navigation se fait bien.
À Suavanao la pluie cesse enfin. Je fais mes réserves de biscuits "Choco" dans "l'aéroport" (Il n'y a d’ailleurs rien d'autre que ça à vendre dans cette petite cabane) puis me dirige vers le resort Papatura qui se trouve sur l'île du même nom. Sur place Pete et Marg, un couple d'Australiens qui a monté ce resort en 1993 sans l'aide du gouvernement, m'accueille gentiment. J'ai droit à du soda, un repas et même l'accès à Internet pour pouvoir enfin donner des nouvelles à la famille. Avoir accès au web est un luxe très rare dans ces contrées. Même l'aéroport de Suavanao n'a pas Internet ! Je suis impressionné par ce qu'ils ont construit. Partir de rien sur ce genre d'île pour réussir à monter un resort qui fait référence dans ce coin du pacifique, c'est une belle prouesse.
Sans vent, je rejoins sans peine la petite île Pilena Ite qui se trouve à trois km au sud. Mais les forts coefficients font que la mer monte trop haut pour espérer y bivouaquer. Sur Pilena Faa, une île plus grande située 1 km à l'est, je trouve un emplacement tout à fait correct. Mais après avoir aplani le sable je m’aperçois qu'il se trouve juste sous la tête d'un cocotier bourré de cocos prêts à tomber ! Après cette grosse erreur de débutant je me mets en quête d'un nouvel emplacement. Finalement je n'ai pas d'autre choix que jouer de la machette pour me faire une place non dominée par des épées de Damoclès. Je dois aussi dégager pas mal de lianes et de branches pour permettre au vent de venir caresser ma tente. Pas de vent = moustiques. Il y a beaucoup de travail et je sue à grosses gouttes. Un énorme coco vert succulent vient récompenser la fin de mon dur labeur.
Ce soir le vent a totalement disparu et je dois m’enduire d'une tonne de répulsif.
La nuit tombée je peux mesurer à quel point cette zone est peu habitée: En face de moi il y a trente km de côte avec un seul point lumineux.
Mon portefeuille a pris l'eau qui s'est répandue sur mon passeport et mes billets de banque. Décidément c'est une manie aux Salomon. En septembre dernier l'eau y avait déjà pénétré. Mon portefeuille étanche ne l'est finalement pas tant que ça. De retour en France il faudra confectionner un modèle plus efficace. Pour faire sécher tout ça je glisse entre chaque page du passeport des billets de banque. Maintenant les pages ouvertes, ils permettent à l'ensemble de sécher plus facilement.
A marée basse je vais me promener sur la bande de sable qui borde le platier où se trouvent de grande flaques que je m'amuse à éclairer avec ma frontale pour débusquer quelques petits animaux nocturnes. Je dégotte une petite murène et un tricot-rayé (petit serpent mortel mais pas du tout agressif) qui profitent de la nuit pour chasser.


































































Dimanche 9 juillet
Une grosse insomnie me prend vers 2h du matin. Il fait très lourd à cause d'une absence de vent et d'un ciel couvert. Pour passer le temps je m'amuse à mesurer mon pouls: 49 ! Il n'a jamais été aussi bas.
Je me réveille fatigué à 6h. Rien ne presse, je n'ai plus de route à suivre, mais seulement à faire des ronds dans l'eau jusqu'au 14, date de mon retour.
J'installe mon passeport encore un peu humide face au feu en prenant garde qu'il ne tombe pas dedans.
A 9h il est temps de me mettre à l'eau. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire car la marée basse a découvert 150 m de platier ! Je dois donc d'abord , avant de pouvoir naviguer, m'échiner à porter le gros sac jusqu'au récif, puis revenir chercher le kayak.
Je compte me rendre à Baolo, un village situé 6 km au sud, pour y faire quelques emplettes. Mais le vent et le courant sont contre moi et, après une demi-heure de pagayage il me faut faire demi tour. Je vais finalement rejoindre la bande de terre située entre Kotere 1 et Papatura. Après une bonne pause coco vert je me mets en quête d'un bivouac acceptable. Je trouve une plage ouverte d'un côté sur le lagon, de l'autre sur une immense lagune découverte à marée basse. Il y a de l'air, mais pas d'ombre. Le soleil n'ayant apparemment pas trop envi de se montrer je décide d'y monter la tente. Le vent tombe totalement et je me fais bouffer par les nonos (mouches microscopiques qui piquent en donnant de gros boutons). Puis vient la pluie et je sors la bâche pour faire de l'eau. Après en avoir récupéré 1 litre je pars chasser. La moustiquaire installée sur le tuba est vraiment efficace, je ne tousse plus du tout. Soudain une carangue passe devant ma flèche. Je la sèche directement en tirant dans la colonne vertébrale. Mais elle s'avère 10 fois trop grosse pour moi. Elle doit bien peser 4 ou cinq kilos.
De retour sur la plage ma "piscine" est pleine. Pendant que j'étais dans l'eau une grosse pluie à nettoyé mon campement et remplie la bâche posée sur le sable avec ses bords relevés. Du coup je peux me rincer copieusement et refaire le plein d'eau douce.
Je découpe des lamelles de chair sur mon poisson pour les mélanger à du jus de citron. En ajoutant du sel et du poivre je réalise une salade tahitienne d'une fraicheur irréprochable. C'est très bon. Puis je coupe la queue de la carangue que je vais déposer sur la plage nord, bien en vue d'un aigle immense qui plane depuis un bon moment au dessus de moi. Il doit bien faire deux mètres d'envergure. Bien entendu il identifie immédiatement la queue et je le vois s'y intéresser fortement. Pendant 10 mn il hésite mais tout à coup plonge et s'empare du morceau en rasant la plage. Je le vois ensuite s'éloigner péniblement avec son kilo de viande sans pouvoir prendre de l'altitude. Il a gagné sa journée. De mon côté je dois absolument faire du feu pour manger la tête de ma carangue. Mais tout est trempé. Ne pouvant me résigner à laisser perdre cette viande je dois trouver une solution. Il n'y en a qu'une: Ouvrir un coco sec à la machette pour récupérer de la bourre encore sèche. J'arrive effectivement à trouver ce combustible parfait pour démarrer un feu, ainsi que des brindilles assez fines et suffisemment en hauteur pour être déjà sèches. Après quelques efforts où je souffle sur les braises, je parviens à faire démarrer mon feu. Maintenant le but est d'installer du bois humide (il n'y a que ça) au dessus pour qu'il sèche et ainsi puisse bruler une fois en contact du foyer. Je dois commencer par de fin diamètres mais petit à petit je peux me permettre d'augmenter leur taille. Enfin mon feu est suffisamment solide pour me permettre de griller ma tête de poisson. Reste maintenant le milieu de ma prise dont je ne sais que faire. Du coup je me résigne à envoyer ce gros morceau de bidoche dans le lagon.
Ce soir la lune est pleine. Avec mon feu et la mer qui scintille le spectacle est grandiose. Soudain, alors que je m'affaire autour de ma tente avec la frontale, je remarque deux yeux brillants à une cinquantaine de mètres de la plage. Les chats n'aimant pas l'eau, c'est donc un crocodile. Il a du sentir la carangue. Toute la soirée il reste à roder dans le coin. Il s'approche même tout prêt du rivage, derrière les racines du pâté de mangrove où j'ai jeté le reste de la carangue. Il a du n'en faire qu'une bouchée. Protégé par les racines je m'approche pour tenter une photo. Nous nous regardons à cinq mètres l'un de l'autre et je parviens à le photographier à la lueur de ma frontale. Il doit faire environ 2.5 m. En revenant à ma tente je m’aperçois que j'ai oublié que j'avais un flash. La photo que j'ai prise est à moitié floue alors que j'aurai pu la prendre avec le flash. Quel con, je suis parfois capable de faire ce genre de connerie. C'est la photo qu'il ne fallait pas rater, je l'ai ratée.













































lundi 10 juillet
Bonne nuit sans pluie. Sur l'eau à 7h30, je ne sais pas trop quoi faire. Il n'y a aucune famille isolée avec laquelle je pourrais passer un peu de temps. M'établir dans la maison d'hôte à Suavanao ? C'est un lieu moche, sans ombre, boueux et sans vent. Non, il va falloir trouver autre chose. Avant tout je vais repasser à Paputura resort qui est sur mon chemin,  ça me donnera le temps de réfléchir. Pete et sa femme m'accueille en m'offrant bananes, toast et café au lait ! J'ai bien fait de venir.
Pete m'apprend qu'il n'a pas de client cette semaine et qu'il va en profiter pour faire des travaux. Après quelques hésitations je lui demande combien il me prendrait pour passer 4 nuits ici. Il ne veut rien et me propose de m'installer sous le toit d'un hangar destiné au bricolage. C'est sympa de sa part, j'accepte avec joie. Nous convenons que j'irais chasser afin de ramener du poisson pour tout le monde, ouvriers et staff compris. Ce bon deal conclu, je me mets au travail pour nettoyer et applanir la partie du hangar qui m'est dévolue. C'est correct, je suis protégé de la pluie et j'ai même l'eau courante. Par contre je risque d'avoir chaud pendant la nuit car le hangar est peu exposé au vent.
En fin de matinée je vais chasser sur les patates de corail situées 500 mètres au sud. Je ramène 7 ou 8 kg de poisson. Pour 7 personnes ça suffira largement.
En soirée on me sert, dans le carré restauration s'il vous plait, un "poisson noir" parfaitement frit avec du riz. C'est un vrai régal.
Ce soir je suis très handicapé par les boutons des nono qui m'ont agressé hier midi. Avec en plus une absence de vent qui rend l’atmosphère très pesante la nuit risque d'être longue...






Mardi 11 juillet
Comme prévu j'ai passé une mauvaise nuit, principalement à cause des démangeaisons. Après avoir avalé quelques gâteaux secs je pars chasser au nord de Papatura sur des récifs en limite de mer ouverte. Le poisson est là et j'en ramène une vingtaine de kilo. Ne pouvant tout manger, Marg en profite pour congeler des filets qui nourriront les futurs clients.
Après avoir avalé un léger repas je vais sur la jetée dans le but de dormir un peu. C'est le seul endroit ou souffle un peu d'air. J'y croise un homme qui est client ici avec sa femme et leurs quatre enfants. Leur avion pour Honiara a été annulé. Holà, j'espère que ça ne sera pas le cas du mien car mon vol international démarre le même jour que mon arrivé à Honiara, avec seulement 1h15 de battement ! L'homme semble vouloir taper la discute, mais je tombe de sommeil. Il finit par le comprendre et me laisse faire ma sieste à l'ombre du toit qui recouvre le bout de la jetée, dans un hamac qui oscille délicieusement, avec vue sur la mer à plus de 180°. En soirée je mange avec Pete et Marg. Plat de résistance: Filet de mérou et de perroquet accompagné de frites et petits pois. Dessert: Bananes avec glace au chocolat. Dure cette fin de séjour...
Ce soir il n'y a pas un pet de vent. Je dors avec la moustiquaire ouverte pour ne pas étouffer, non sans avoir oublié de m’enduire copieusement de répulsif.

Mercredi 12 juillet.
A 7h30 je pars au "travail". Cette fois-ci je vais explorer le récif situé à l'est de Papatura Faa. Mais la visibilité est dégueulasse et les poissons très petits. Je décide de revenir sur le récif d'hier qui se trouve plus à l'est. Je suis accueilli par un énorme banc de perroquets géants; environ 40 individus dont certains doivent peser 20 ou 30 kg. Très curieux, ils me tournent autour un bon moment. Comme hier je ramène environ 20 kg de poisson, dont un gros Red snaper, et une sorte de Platax que je n'avais jamais vu avant. Sa queue ressemble un peu à celle d'une carangue. En consultant le livre de Pete sur les poissons tropicaux vivant dans cette zone, nous l'identifions; c'est un Snub-nosed dart. En Français: Pompaneau lune. Sa chair, que nous dégustons ce soir, ne ressemble en rien à du poisson, mais à une sorte de viande blanche non identifié.  Pas mauvais et surprenant, mais je préfère une bonne carangue frite.
Pete me conseille de partir demain pour Honiara au lieu de vendredi pour ne pas risquer de louper mon vol international en cas de mauvais temps. Je suis tout à fait d'accord, je vais faire comme ça. Du coup je dois plier les gaules ce soir car l'avion décolle demain matin à 10h30. Il me faut avant tout dégonfler le kayak, séparer les éléments qui le composent et les faire sécher. Puis tout mettre en sac. A 22h je ne suis toujours pas couché.






Jeudi 13 juillet
Pas un souffle d'air cette nuit. J'ai plutôt mal dormi.
A 9h45 deux employés du staff de Pete et Marg me déposent gentiment à Suavanao. Je me pèse de nouveau sur la balance de l'aéroport: 70.5 kg, je n'ai perdu que 3.5 kg en un mois. Il faut dire que j'ai fait plus attention que dans les autres expéditions où il m'est arrivé de perdre plus de 6 kg.
Sitôt atterri à Honiara je me paye une chambre climatisée: 600 SBD, c'est le prix à payer car la vie à Honiara est très chère. Rapidement je m’aperçois de tout ce qui ne va pas dans cette piaule présentée pour "faire comme si c'était une chambre de qualité occidentale". Par exemple le rideau, lorsqu'il est tiré entièrement, laisse 20 cm de fenêtre découverte. Ce n'est d'ailleurs pas son seul défaut: Pour tirer celui-ci dans un sens il n'y a pas de problème, mais dans l'autre on doit tenir sa tringle pour ne pas qu'elle sorte de son logement. En ce qui concerne la commande du ventilateur de plafond, celle-ci est inversée: le mode "off" est la plus grande vitesse ! Le lavabo, qui ne tient que sur son tuyau d'évacuation, se décèle du mur quand on ouvre le robinet. La climatisation, quant à elle, s'arrête parfois sans prévenir. Le pommeau de douche ne possède pas de reposoir et git lamentablement sur le sol carrelé. Mais le plus "drôle" c'est la ligne de partage des eaux entre la douche d'un côté et les chiottes de l'autre. La salle d'eau n'ayant d'évacuation que sous la douche, et vu qu'il n'y a pas de rideau de douche, toutes les gouttes qui tombent du côté chiottes s'accumulent autour de celui-ci sans pouvoir s'évacuer.

































Vendredi 14 juillet
En trainant dans le marché couvert d'Honiara je suis interpellé par Rolland, un homme chez lequel j'ai passé pas mal de jours en septembre dernier lors de la précédente expédition. C'est incroyable de se retrouver ici. Il m'apprend qu'un article sur moi est paru en mai. J'étais en effet en contact par email avec son beau-frère journaliste mais je ne savais pas qu'un article avait été publié. Ni une, ni deux, nous partons en quête du magasine directement dans les bureau de la rédaction. La femme à l'accueil nous en offre un exemplaire chacun. C'est hallucinant de découvrir par inadvertance un article sur vous avec des photos de vous ! Si je n'avais pas rencontré Rolland aujourd'hui je n'aurais sans doute rien su de tout cela. Pour fêter ça je lui offre la carte du monde que je devais lui envoyer par la poste. J'en profite aussi pour offrir, à lui et à sa femme, une montre de qualité à chacun. Je sais qu'ils en avaient vraiment envie et qu'ils n'ont pas les moyens de se les payer. Il faut savoir que les revenus du Salomonais moyen sont assez bas. Prenons justement le cas de Rolland et de sa femme: Chaque semaine ils débarquent à Honiara accompagnés d'une glacière remplie de 120 kg de poisson. Acheté autour de leur île à 16 SBD le kilo, ils peuvent le revendre ici à 40 SBD le kilo.
Chiffre d'affaire: 40*120 kg = 4800 SBD.
Dépenses: 16*120 kg=1920 d'achat de poisson + 250 de glace + 1180 de transport (340 pour une personne, 300 pour un glacière pleine et 200 pour une glacière vide) + 93 d'emplacement (31*3 jours) = 3443 SBD.
Soit un bénéfice de 1357 SBD pour deux et pour une semaine, un peu moins de 150 euros. Ce qui fait un revenu mensuel par personne inférieur à 300 euros.
Mon taxi me prend à 13h00 et nous filons à l'aéroport sous un crachin breton. A 16h15 mon avion décolle pour Brisbane. Après une escale à Dubaï je devrais, si tout va bien, atterrir à Genève le 15 juillet à 13h30. De là il me faudra encore prendre un bus pour Grenoble et un taxi pour me vautrer enfin dans le confort de mon appartement.
Fin de l'expédition.





























Épilogue
Pendant deux semaines après mon retour j'ai trainé les symptômes d'une sorte de bronchite-angine-rhume assez violente. Une fois terminés, ces symptômes ont étés aussitôt remplacées par d'autres. Au départ seulement quelques courbatures, de légers vertiges et une envie d'uriner assez fréquente. Le vendredi 28 juillet, en soirée, s'est ajoutée de la fièvre et un gros mal de tête qui m'ont fait passer une salle nuit. Vers 4h du matin je transpirais tout en rêvant que de petits crocodiles noirs squattaient mon lit. Le samedi matin j'allais beaucoup mieux et je suis allé pêcher étrilles et homards à la pointe de Cancavale en Rance avec mon neveu. La nuit entre samedi et dimanche a été agitée mais pas autant que la précédente. Le Dimanche j'étais vaseux et le soir la fièvre est montée à nouveau. Le lendemain matin j'ai voulu prendre RDV chez le toubib. Mais les deux cabinets contactées ne pouvaient me recevoir que mardi matin. En soirée la fièvre a atteint à 39.9° et j'ai décidé de passer aux urgences. "Bonjour, j'arrive d'un pays impaludé et j'ai beaucoup de fièvre". Quelques heures plus tard, alors que j'attendais patiemment dans mon brancard sous perfusion de chlorure de sodium, le verdict est tombé: Plasmodium vivax/ovale. Bravo, c'était une excellente idée de ne pas avoir pris mon traitement prophylactique. Sitôt mon ordonnance de nivaquine prescrite je suis rentré chez mes parents vers 1h00 du mat. Mardi 1er aout au matin ça allait mieux et j'ai aidé mon père à tailler la haie du jardin. Mais en soirée une nouvelle montée de fièvre m'a terrassé: 40.1° malgré la prise de nivaquine à minuit et à 14h30. Mon père m'a aussitôt ramené aux urgences. Cette fois-ci les médecins ne m'ont fait sortir de l’hôpital que deux nuits plus tard, jeudi 3 au matin. Vendredi 4, pour fêter une absence de symptôme, je suis retourné chasser à la pointe de Cancavale. On ne se refait pas...


Jean-Christophe Rabiller, artiste autoproclamé


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